Un devis électricité mal chiffré se voit vite : soit le client trouve le montant disproportionné face à un devis de peinture ou de plomberie pour la même surface, soit c'est vous qui découvrez en plein chantier que le tirage de gaines dans du bâti ancien a pris deux fois plus de temps que prévu. L'électricité a ses propres pièges de chiffrage : un métré qui se compte en points et en mètres linéaires plutôt qu'en mètres carrés, un tableau électrique dont le coût varie fortement selon le nombre de circuits, et une obligation de conformité (norme NF C 15-100, attestation Consuel) qui pèse directement sur le prix de vente. Pour la méthode générale, reportez-vous à notre méthode complète de chiffrage ; ici, on se concentre sur ce qui est propre au métier d'électricien.
Le chiffrage électrique ne se compte pas en m²
Contrairement à un lot carrelage ou peinture, l'unité de référence n'est presque jamais la surface. Trois unités reviennent en pratique :
- Le point électrique : une prise, un interrupteur, un point lumineux ou une prise réseau (RJ45, coaxial) raccordés. C'est l'unité la plus courante pour chiffrer une rénovation, parce qu'elle inclut fourniture, pose et raccordement d'un même geste.
- Le mètre linéaire de câblage : souvent chiffré à part du point lorsque le cheminement est long ou complexe (faux plafond, combles, tranchée extérieure pour un portail ou une dépendance).
- Le forfait tableau électrique : quasiment jamais chiffré au point, parce que son coût dépend du nombre de rangées et de modules, pas d'une quantité linéaire.
Deuxième distinction propre au métier : les courants forts (alimentation, prises, éclairage, circuits dédiés des gros électroménagers) et les courants faibles (réseau informatique, télévision, alarme, domotique). Un devis qui les mélange sans les distinguer complique la comparaison pour le client et rend le suivi de chantier plus difficile. Si la méthode générale de chiffrage (métré, coût de revient, marge, TVA) ne vous est pas encore familière, commencez par chiffrer un chantier étape par étape, puis revenez ici pour les spécificités électriques.
Les postes du déboursé sec propres à l'électricité
La définition et le calcul général du déboursé sec restent valables : matériaux, main d'œuvre productive, matériel affecté au chantier. Ce qui change en électricité, c'est la composition de ces postes.
Déboursé sec électricien = câbles et gaines + appareillage et tableau + main d'œuvre productive + frais de conformité
Contrairement à d'autres corps de métier, le déboursé sec d'un chantier électrique intègre presque systématiquement des frais liés à la conformité : dossier de raccordement, éventuels frais de contrôle, temps des essais et mesures (continuité de terre, isolement) avant mise sous tension.
Dans le détail, les postes à ne pas oublier :
- Câbles, gaines et boîtiers : la section du câble dépend du circuit (éclairage, prises, circuits dédiés), ce n'est pas un prix unique au mètre.
- Appareillage : prises, interrupteurs, variateurs, socles DTI, choisis selon la gamme demandée par le client.
- Tableau électrique : disjoncteur général, disjoncteurs différentiels (dont la sensibilité et le type dépendent des circuits protégés), disjoncteurs divisionnaires, et un parafoudre lorsque la zone géographique ou le mode d'alimentation l'impose.
- Temps de tests et de mise en service : souvent oublié du chiffrage alors qu'il conditionne, sur les chantiers concernés, la remise de l'attestation de conformité au client. Cette attestation Consuel n'est obligatoire que pour une installation neuve ou pour une installation entièrement rénovée avec mise hors tension par le distributeur, pas pour un simple ajout de points sur une installation existante.
La TVA applicable à vos chantiers d'électricité
Les règles générales de TVA sur travaux résidentiels s'appliquent : 20 % en construction neuve ou pour un logement de moins de deux ans, 10 % pour des travaux d'amélioration ou de rénovation d'un logement achevé depuis plus de deux ans (art. 279-0 bis du CGI), et 5,5 % pour les travaux d'amélioration de la qualité énergétique, sous conditions (art. 278-0 bis A du CGI).
La nuance propre à l'électricité concerne justement ce taux de 5,5 % : il couvre notamment la pose et l'adaptation d'appareils de régulation de chauffage permettant le réglage automatique et la programmation (article 30-0 D sexies de l'annexe IV du CGI), ce qui inclut certains systèmes de pilotage domotique du chauffage. En revanche, une installation domotique générale (éclairage, volets, scénarios non liés au chauffage) ne relève pas de ce taux réduit : elle suit le régime des travaux d'amélioration classiques. Sur un même chantier, il n'est donc pas rare de devoir ventiler le devis en deux taux : 10 % pour la rénovation électrique générale, 5,5 % pour la part strictement liée à la régulation du chauffage. Comme pour tout taux réduit, une mention sur le devis et la facture certifiant que les conditions sont remplies reste indispensable : depuis le 1er mars 2025, elle a remplacé l'ancienne attestation que le client devait signer.
Exemple chiffré : mise aux normes du tableau et rénovation du câblage d'une maison de 90 m²
Prenons un exemple représentatif : une maison de 90 m² dont le tableau électrique date de plus de vingt ans et dont le câblage doit être entièrement repris. Le chantier comprend le remplacement complet du tableau (mise aux normes NF C 15-100), le tirage d'environ 25 points électriques et 350 ml de câblage, ainsi que les essais avant remise de l'attestation de conformité.
Câbles, gaines et appareillage : 1 700 € · Tableau complet (disjoncteurs, différentiels, parafoudre) : 1 300 € · Main d'œuvre (6 jours à 350 € chargés) : 2 100 € · Frais de conformité (dossier, essais) : 200 €
Déboursé sec = 5 300 €
Coefficient 1,45 → Prix de vente = 5 300 × 1,45 = 7 685 € HT
TVA 10 % (rénovation générale, logement de plus de deux ans) → 8 453,50 € TTC
Ces montants sont un exemple, pas une moyenne de marché : vos prix d'achat, votre coût horaire réel et le coefficient adapté à vos frais généraux feront varier le résultat. Vous pouvez vérifier ce que ce type de chantier vous laisse réellement une fois vos charges fixes déduites avec le calculateur de marge chantier, et approfondir la différence entre ce qui reste dans votre poche et ce qui part en frais généraux dans notre article sur la marge brute et marge nette de chantier.
Les erreurs de chiffrage les plus fréquentes en électricité
- Chiffrer le tirage de gaines comme en neuf : en rénovation, saignées, dépose de l'ancien réseau et contournement des obstacles (isolation, cloisons déjà finies) rallongent nettement le temps par rapport à une construction neuve où tout est accessible avant cloisonnement.
- Sous-dimensionner le tableau parce que seule une partie de l'installation est touchée : dès qu'on ajoute ou modifie des circuits, le tableau doit souvent être mis à niveau pour rester conforme, même si le reste de l'installation n'est pas repris.
- Appliquer un seul taux de TVA à tout le devis : mélanger rénovation générale (10 %) et régulation de chauffage (5,5 %) sans les distinguer, dans un sens comme dans l'autre, expose à un redressement.
- Oublier le temps et le coût du dossier de conformité : constitution du dossier, essais avant mise sous tension, et éventuelle reprise si une non-conformité est relevée au contrôle. Ce n'est pas du bénévolat, ça doit figurer dans le déboursé sec.
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